Des opportunités technologiques et économiques inversent la tendance du marché du m-payment. Depuis dix ans de nombreux acteurs se sont intéressés au paiement mobile : les opérateurs télécoms, les banques, les fabricants de cartes, diverses start-up sans oublier les grands groupes de distribution. Le m-payment faisant tour à tour l’objet d’un colloque, d’un projet, d’une innovation technologique ou plus simplement de débats, sans que l’on assiste pour autant à de véritables réalisations à grande échelle débouchant sur des perspectives concrètes d’usage et sur de nouveaux relais de croissance économique. Le m-payment était en passe de devenir un véritable serpent de mer. Les freins à l’usage sont les suivants :

  • Problèmes de collaboration entre les différents acteurs
  • Coût des infrastructures et des terminaux compatibles
  • Enjeux stratégiques (les banques refusent de partager la « propriété » du client avec les opérateurs télécoms et vice-versa)
  • Manque d’adhésion des distributeurs et des consommateurs finaux

 

La perception des différents acteurs évolue : le m-payment est maintenant considéré comme un véritable relais de croissance et les applications techniques et commerciales sont de plus en plus nombreuses. A commencer par la technologie NFC (Near Field Comunication), l’application étendard du m-payment dont une commercialisation à grande échelle est prévu pour 2009. La norme NFC en intégrant une puce au sein du mobile permet le paiement sans contact. Cette puce transforme le mobile en moyen de paiement électronique ou en titre de transport. Les opérateurs télécoms, les banques et les distributeurs, à la fois aux USA et en Europe, ont lancé de nombreux projets test sur le m-payment, dont la majorité utilise la norme NFC comme point de départ.

La technologie FeliCa qui repose sur une puce RFID intégrée au mobile, permet de transformer le mobile en portefeuille électronique ou en titre de transport. FeliCa, développée par Sony, est une norme « cousine » et concurrente du NFC. Les acteurs japonais en simplifiant le business model ont su mettre place une solution efficiente de paiement mobile sur le plan économique et sur le plan technique. Les acteurs japonais se sont appuyés sur l’appétence technologique et sur l’expérience en termes de services mobiles de leurs concitoyens.

Le Japon compte aujourd’hui un parc de 45 millions de mobiles compatibles avec la norme FeliCa. Cette puce est associée à un réseau de partenaires relativement dense avec des points de paiement dans les principales compagnies de train et de métro, les deux plus grosses chaînes de grande distribution, les Convini (supérettes ouvertes 24h/24h et présentes sur l’ensemble du territoire), ainsi que les principales compagnies aériennes du pays. FeliCa confirme l’intérêt technologique et les perspectives de développement économique suscitées par les solutions de paiement mobile sans contact.

 

Le développement de la norme FeliCa au Japon peut laisser entrevoir un développement similaire de la norme NFC en Europe et aux Etats-Unis, même s’il convient de relativiser cette perspective au regard du niveau d’expérience très élevé des consommateurs japonais en termes de services interactifs.

 

 

Dans cette perspective de développement du m-payment, les opérateurs manifestent la volonté d’occuper un rôle d’intermédiaire central au sein de la chaîne de la valeur qui regroupe les opérateurs mobiles, les banques, les distributeurs et des start-up. Les opérateurs perçoivent le m-payment comme un moyen de développer l’ARPU et comme un outil de fidélisation pour leur propre clientèle. Cette double volonté s’appuie sur les atouts des opérateurs : facturation en masse, expérience et crédibilité dans le lancement de services innovants et une relative maîtrise sur la sécurité des réseaux, même si les banques restent encore à convaincre sur ce dernier point.

En complément de ces acquis opérateurs, le m-payment bénéficie aujourd’hui d’un contexte favorable, un préalable nécessaire à son industrialisation :

  • Le taux de pénétration du mobile est supérieur à celui des services bancaires dans le monde
  • Fort développement des transactions internationales de particulier à particulier (transfert des migrants vers le pays d’origine)
  • Un fort dynamisme du e-commerce et des paiements internationaux
  • Le développement de nouveaux réseaux comme la 3G incite à l’optimisme quant à l’adoption à grande-échelle du m-payment, qui nécessite des réseaux capables d’acheminer des volumes importants de données

  

Le scope d’applications du m-payment va être différent en fonction des zones géographiques et du niveau de développement économique.

La première sphère concerne les pays développés avec les applications suivantes :

  • Paiement sans contact via le mobile (applications NFC pour l’Europe et les Etats-Unis / FeliCa)
  • Ticketing (réservation et paiement à distance de services culturels, titre de transport)
  • Paiement de facture
  • Transfert Peer to Peer (PtoP)
  • Text to pay (achat de bien ou service par envoie de SMS)

 

Ces technologies sont opérationnelles d’un point de vue technique. Il reste à concevoir des business models capables de répondre aux attentes et aux usages des consommateurs. Ces business models devront s’adapter aux capacités de financement de l’ensemble des acteurs susceptibles d’êtres intégrés dans la chaîne de valeur de valeur du m-payment.

Niahm Bushnell partenaire américaine d’Idaho France a rencontré différents acteurs majeurs des secteurs bancaires et télécoms américains. Son étude permet de mettre en relief les facteurs clés de succès suivants ((Cette étude est disponible auprès d’Idaho France)) <!--[if !supportFootnotes]-->[i]<!--[endif]--> :

  • Définition du partage des revenus et définition du mode de facturation (paiement à l’acte ou abonnement)
  • Le partage de la relation client et de la propriété du client (rôle d’agrégateur des opérateurs mobiles ?)
  • Mise en place d’une collaboration optimale entre opérateur et banques pour atteindre un seuil critique d’utilisateurs le plus rapidement possible
  • Définition du ticket moyen pour les paiements mobiles
  • Définition du niveau de part de financement des infrastructures de chacun des acteurs

  

La seconde sphère d’application du m-payment est le marché des transactions privées entre pays développés et pays « émergents ». Ce marché tire son principal attrait de l’important dynamisme des transactions internationales entre les migrants et leur pays d’origine et de la relative faiblesse des solutions actuelles de transferts internationaux d’argent. En 2004, la banque mondiale dénombrait 175 millions de migrants utilisateurs de services de transferts d’argent pour 800 millions de destinataires et un total de 400 milliards de dollars (transactions officielles et officieuses comprises). En 2010, le montant total de ces transactions est estimé à 700 milliards de dollars (Etude banque mondiale). Le m-payment en permettant le transfert international d’argent se positionnera donc en alternative crédible aux solutions actuelles de transfert d’argent qui sont la chasse gardée de trois principaux acteurs mondiaux (Western Union, Money Gram et Money Express). Ces solutions classiques présentent un degré de sécurité relatif et des taux de commissionnement très élevés (entre 15% et 20%).

De nouveaux acteurs ont développé des solutions de transactions internationales qui s’appuient sur le mobile. L’intérêt pour l’utilisateur est la simplification et la sécurisation de la transaction, tout en essayant de bénéficier d’un taux de commissionnement moindre que les solutions classiques. Deux types de solutions sont en développement :

  • Call and pay
  • International Airtime Credit Transfert

Le « Call and Pay » permet le transfert international d’argent. Avec son mobile l’expéditeur se connecte à un serveur vocal dédié qui initie le transfert. Le destinataire est informé par un SMS de confirmation sur lequel est inscrit un code sécurisé qui va lui permettre de retirer l’argent dans une banque partenaire. Cette première étape du call and pay implique donc un certain niveau de bancarisation. Une seconde étape est envisagée, elle permet de faire abstraction du niveau de bancarisation. Le but de cette évolution serait d’utiliser localement la solution de transfert international comme un compte bancaire virtuel et donc de la transformer en moyen de paiement local directement accessible depuis le mobile. Cette deuxième étape évite toute interaction physique avec un réseau bancaire.

Le « international airtime credit transfert » permet le transfert d’un crédit de communication par SMS. Avec cette application de rechargement international à distance, l’utilisateur peut transférer son crédit de communication (ou une partie) vers un autre utilisateur partout dans le monde. L’utilisateur envoie au fournisseur de ce type de solution un SMS qui contient le montant du transfert, le numéro du destinataire et l’indicatif du pays. Le compte du destinataire sera automatiquement crédité du montant fixé par l’expéditeur. Expéditeur et destinataire reçoivent un SMS de confirmation qui récapitule l’ensemble de la transaction.

Les utilisateurs ont créé un prolongement à ce type d’application en transformant leur crédit de consommation téléphonique en monnaie d’échange (concept du Airtime as currency). Les utilisateurs transfèrent de la valeur via les solutions de transfert de crédit international. Ce prolongement permet aux migrants de financer leur pays d’origine. Les migrants transfèrent du crédit téléphonique qui est ensuite réutilisé au niveau local comme une monnaie d’échange.

  

La troisième sphère d’application est celle des pays émergents et de leurs besoins nationaux. L’objectif de ce marché est de rendre formel des flux financiers qui sont jusqu’à maintenant informels et de palier la non bancarisation de ces pays émergents : 90% de la population des pays émergents est non bancarisée. Le mobile peut, dans ce contexte, se substituer aux réseaux bancaires classiques et aux moyens de paiement institutionnels traditionnellement utilisés dans les pays développés. Cette substitution va permettre de tracer ou de rendre légale des transactions qui aujourd’hui ne le sont pas, tout en réduisant le volume de numéraire en circulation. Le mobile peut permettre les applications suivantes :

  • Retrait d’espèces
  • Transfert PtoP
  • Paiement de facture
  • Paiement d’achat (soit sur le modèle du concept NFC des pays développés, soit en en transformant le mobile du vendeur en station de paiement via l’utilisation de solution logicielle dédiée)
  • Airtime credit transfert

 

La majorité des opérateurs mobiles à dimension mondiale a déjà mis en place des projets faisant appel aux applications décrites ci-dessus. Mêmes si les perspectives de croissance et de développement sont colossales, les acteurs de la chaîne de valeur devront faire face aux écueils suivants dans les pays émergents :

  • Education et confiance des utilisateurs (le nouveau moyen de paiement ne doit pas faire l’objet d’un apprentissage trop important pour les utilisateurs et doit s’adosser sur des modes de fonctionnement usuels)

Les différents acteurs auront également à effectuer un travail de mise en relief des bénéfices utilisateurs. La bancarisation de la transaction et donc une sécurité accrue pour les utilisateurs peuvent être une première piste de réflexion. 

 

Après avoir défini le cadre général en lançant différents projets test sur le m-payment, les différents acteurs vont maintenant entrer dans une phase d’affinement et de lancement du concept. Les opérateurs et le reste des acteurs impliqués vont être confrontés à la définition d’un parcours client et à la mise en place d’une road-map client. Ces acteurs devront choisir et prioriser les services adaptés aux spécificités locales tout en proposant un parcours client adapté au degré de maturité des usages et aux attentes des différents types de consommateurs.

A l’évidence les différents acteurs font état d’une réelle implication. L’avènement de solutions techniques d’envergure et les perspectives de croissance économique renforcent positivement leurs croyances dans le m-payment. En effet, des applications comme les paiements NFC ou le text to pay font déjà figure de solutions incontournables à court et moyen terme. En ce qui concerne les perspectives de croissance économique, Juniper research estime que le montant total des transactions réalisées via le mobile sera multiplié par 11 entre 2007 et 2011 : ce montant atteindra 22 milliards de dollars US en 2011 contre 2 milliards aujourd’hui (Etude Juniper Research, 2008).