La stratégie mobile des marques se limite encore, pour beaucoup, à développer une application iPhone et, de fait, adresser seulement 6 % du parc mobile Français.

Cela avait l’avantage de la simplicité, de correspondre à la réalité du marché en termes d’usages et, surtout, c’était la seule possibilité.

Depuis la montée en puissance d’Android en 2010 (en termes de ventes et d’applications) ainsi que les efforts réalisés par les leaders du marché en termes de pénétration mobile (Nokia, Samsung) pour pénétrer ce marché des applications… la question se pose maintenant du développement sur d’autre OS / Smartphones afin d’accéder à une audience plus large.

Ce portage d’application génère un coût important et la marque doit faire face au choix des OS àprivilégier.

Quel est le coût de portage d’une application ?

Le portage d’une application iPhone sur une nouvelle plate-forme (Android, RIM, Symbian, BADA, …), nécessite de la repenser/ redévelopper en grande partie car il s’agit de langages et d’interfaces radicalement différents.

Les coûts de portage peuvent ainsi varier entre 90% et 150% du coût initial de l’application en fonction des particularités de la plate-forme adressée.

Cette variation est principalement expliquée par la diversité des terminaux embarquant le même OS:

  • Android compte à lui seul près d’une cinquantaine de Smartphones pour onze constructeurs
  • Symbian est présent sur environ quarante Smartphones et nécessite des compétences sur les multiples langages imposés par l’OS

Dans ces conditions, un éditeur devra tenir compte des différentes contraintes de taille d’écran, de résolution, de fonctionnalités intégrées,… ceci impactant directement les coûts notamment dans les phases de développement et de test de l’application.

De plus, le coût de maintien annuel d’une application portée sur différent OS n’est pas négligeable car il faut prévoir, pour chaque OS, un coût évalué à 1/3 du coût initial de l’application (calculé sur la base d’une release majeur de l’OS par an).

Pour réduire ces coûts de portage, il existe deux solutions « simples » à mettre à œuvre :

  • Créer des pages Web qui puissent être communes à l’ensemble des plates-formes
  • Mixer des pages Web aux écrans natifs de l’application (applications hybrides)

Un autre moyen de réduire les coûts de portage est d’utiliser un outil de rendering permettant sous certaines conditions de réduire le coût de près de 30 à 40%. Néanmoins ces outils présentent aujourd’hui des limites :

  • Le portage avec ce type d’outil doit être prévu dès le premier développement sous iPhone
  • Seules les applications basiques peuvent être portées avec un outil de rendering multi-OS
  • Une mise à jour, à posteriori, de l’OS ou d’une application nécessite par contre un traitement au cas par cas
  • L’utilisation  d’un outil de rendering rajoute un enjeu fort en termes de qualité/ test
  • Le coût pour la phase de test est bien plus conséquent

Mettre en place une stratégie multi-OS représente des coûts importants : Quels sont les plates-formes / terminaux à privilégier dans le temps ?

Les éditeurs d’applications sont confrontés, aujourd’hui, à plusieurs choix :

cout application mobile

 

  • Choix n°1 : développer sur iPhone et sur Android pour être dans une logique du meilleur ratio coût/ usage de son application. L’iPhone est le leader dans le trafic Internet mobile 3/4 du trafic en France) et dans les dépenses utilisateurs (proche de 90 %). Android est deuxième OS derrière l’iOS en termes d’usage de l’Internet mobile (16% du trafic en Europe de l’ouest) et deuxième store d’application (source : adMob - Mai 2010).
  • Choix n°2 : développer également sur Symbian et RIM afin de rendre son application compatible avec 90% des Smartphones. Nokia est leader sur ce segment avec 37% de parts de marchés en France et RIM en troisième position derrière l’iPhone.  La marque fait alors la promesse d’adresser l’ensemble du parc et peut également anticiper la montée des usages sur les deux OS.
  • Choix n°3 : développer en plus son application sur Windows Phone 7 et sur Bada dans une logique d’exhaustivité. Le potentiel d’usage supplémentaire de l’application est très faible, mais des opportunités de cofinancement de l’application et d’actions co-marketing sont envisageables.

Perspectives. Une remise en cause des applications avec l’arrivée du HTML 5 ? Les marques sont face à ces problématiques de coût de portage essentiellement parce qu’un site web mobile ne propose pas autant de perspectives fonctionnelles qu’une application. Quel sera le choix de développement entre une application ou un site web mobile « universel» lorsque le HTML5, et ses fonctionnalités avancées,  sera mature et normalisé ? Le HTML5 est une extension du langage de programmation HTML actuellement utilisé sous sa version 4. Cette extension introduit, entre autre, de nouveaux attributs et APIs permettant d’envisager des fonctionnalités, des contenus  riches et dynamiques dans un site Internet (mobile ou fixe) améliorant de fait l’expérience utilisateur sur mobile pour atteindre un niveau équivalent à l’application. Des éditeurs comme Deezer ont d’ailleurs déjà entrepris d’intégrer du HTML5 dans leur prochaine version d’application (Deezer est déjà présent sur  iPhone, Android, WP7, Nokia, et Blackberry).

La question du délai de généralisation du HTML5 sur mobile se pose. Malgré tous les efforts du W3C  (World Wilde Web Consortium) pour pousser à l’usage de ce nouveau langage, la majorité des éditeurs n’est pas encore prête à investir dans le développement d’un site mobile en HTML5, faute de maturité du langage (notamment au niveau de la sécurité) et surtout car tous les navigateurs Internet mobile ne sont pas compatibles.