Nous reprenons ici l'interview de David sur la TV connectée réalisée en décembre 2012 par Laurent Amar de La Télévision Connectée.

Bonjour David Robin, pourriez-vous nous dire quelles sont vos fonctions au sein de la société Idaho Consulting ? J’en suis le fondateur et le directeur. Nous accompagnons les acteurs telecom, web & media dans le lancement de nouveaux services. Egalement, nous accompagnons les annonceurs pour  l’intégration du numérique dans leur relation client et leur business model.

D’après-vous, quels sont les objets connectés qui seront demain les plus populaires ? En termes de pénétration, le smartphone et la tablette. Le smartphone équipera bientôt plus de 50 % des français et la tablette est présente dans déjà plus 10% des foyers français selon GFK. Le raz de marée annoncé pour Noël devrait intensifier cette pénétration. La tablette est l’objet qui génère aujourd’hui le plus d’intention d’achats durant 6 prochains mois (5% des foyers Français selon GFK). 21% des Américains de + de 13 ans selon Nielsen désirent un iPad. Le PC est en perte de vitesse face à la montée en puissance des tablettes. Il existe une réelle cannibalisation. A ces objets phares, il faut ajouter les consoles. La prochaine génération de consoles de salon devrait relancer les ventes. Le lancement de la Wii U, fin 2012 en Europe, va être suivi de la PS4 et la Xbox 720. A titre d’exemple, Netflix a reconnu en début du mois que la première plate-forme d’accès à ses contenus est la PlayStation 3. En revanche, la TV connectée peine à s’imposer du fait d’une faible connaissance du grand public et d’une promesse client relativement limitée (peu de services en France et un parcours utilisateur complexe). Egalement, dans un marché où les prix et les marges baissent, les constructeurs n’ont pas rendu tous leurs téléviseurs connectables afin de limiter les coûts.

La généralisation du multitasking va-t-elle changer notre façon de consommer la télévision, et si oui, jusqu’à quel point ? Le multitasking n’est pas nouveau mais s’intensifie avec la croissance des usages sur Twitter et Facebook. En 2012, 25% des internautes Français ont ainsi déjà commenté sur Internet un programme TV qu’ils étaient en train de regarder (Mediametrie, juillet 2012). Les avis des amis des téléspectateurs comptent dans leurs choix. Le nombre de tweets durant les émissions explosent. Aux Etats-Unis, les commentaires postés liés aux programmes de TV sont passés de 8,8 millions à 76 millions entre juillet 2011 et juillet 2012 selon Bluefin Labs. En 2011, 29% des possesseurs américains de second écran (smartphones et tablettes) ont déjà cherché une information liée au programme (Source: Nielsen, octobre 2011). Le phénomène ne va pas s’arrêter puisque les médias intègrent de plus en plus les réseaux sociaux à leurs programmes et à leurs supports digitaux (sites web, apps…). Shazam permet d’obtenir des informations supplémentaires sur les contenus regardés. Les explorations et les lancements de services ne vont pas cesser en 2013. Toutefois, la social TV en direct ne sera pas pertinente pour tous les types de programmes. Si la téléréalité, le sport et les divertissements voire les séries s’y prêtent complètement, la TV reste encore un media passif où les téléspectateurs aiment regarder un film dans des conditions cinéma donc sans interaction.

Quels seront pour vous les écrans de demain ? La TV restera l’écran roi pour la consommation audiovisuelle. L’audience y sera toujours la plus forte en nombre de minutes. Elle devrait légèrement diminuer avec l’usage croissant sur les tablettes, les PC voire d’écrans innovants intégrés un peu partout dans la maison (réfrigérateur, fenêtre …). Aux USA, les offres multi-écrans lancées depuis quelques années n’ont pas descendu la TV de son piédestal selon les opérateurs. Par contre, le téléviseur sera complété par des services sur 2nd écran. Le contenu sera enrichi par des services sur PC, tablette et mobile.

Comment les chaines de télévisions se préparent-elles à ce bouleversement ? Les chaînes s’y engouffrent et s’en protègent. Le hashtag du programme s’affichent en début d’émissions. M6 a lancé DevantMaTV sur web, mobile et tablette pour voir les commentaires sur le programme et d’interagir avec le programme … TF1 propose des publicités interactives. Mais, avec l’arrivée de Google TV et des équipements connectables sur Internet, les chaînes veillent aussi à ce qu’il n’y ait pas une réglementation à 2 vitesses en France. Les règles doivent être les mêmes pour tous : fiscalités, publicité, protection des mineurs…

Pourriez-vous nous expliquer ce que changera l’arrivée de la 4G ? La 4G proposera un débit et un confort d’usage équivalent à une connexion par Wi-Fi d’aujourd’hui et la TV pourra être diffusée avec une meilleure qualité sur ce réseau. Les usages vidéo, qui sont ceux qui ont fait exploser l’usage du haut-débit fixe, se multiplieront car terminaux et réseaux faciliteront la consommation individuelle des contenus live et délinéarisés. Le couple tablette + 4G, accompagné des services cloud va réellement affranchir la frontière entre usage fixe et mobile.

Une télévision Apple, vous y croyez toujours ? Elle existe déjà avec l’Apple TV même si les ventes ne sont pas encore au rendez-vous. Apple a souvent révolutionné les marchés où ils se sont lancés. Peut-être ne sont-ils pas encore prêt pour cette révolution sur TV… mais il existe de nombreuses rumeurs : début de la production, discussions avec les ayants-droits et les opérateurs US…

Pour finir David Robin, pourriez-vous nous dire votre mot de la fin pour nos lecteurs ? La TV va rester un media central dans les foyers. Sa consommation s’enrichie par l’apport des réseaux sociaux, du replay et des outils nomades. Pour le consommateur, ce n’est que du bonus. Le marché de la publicité et de la TV payante va être profondément impacté. C’est la capacité à proposer ces services enrichis, avec une expérience utilisateur fluide qui va déterminer le partage de valeur. Sur ce point, les acteurs US issus du Web ou du contenu ont montré un savoir-faire qui peut inquiéter les acteurs nationaux. Propos recueillis par Laurent Amar